Pourquoi mes sirops bio artisanaux dérangent
Déso. En langage de “djeuns”, ça veut dire : désolé.
Depuis 2014, bien avant que le “sans alcool” ne devienne une tendance marketing et que le gingembre n’envahisse les rayons, je mène une résistance silencieuse.
Je suis parti d’une croyance simple : on ne devrait pas avoir le choix entre boire de l’eau plate ou du sucre chimique. Pour moi, fabriquer des sirops bio artisanaux, c’est comme composer une chanson ou un morceau de musique : si ça manque d’âme, le public n’adhère pas.
Cette conviction m’a poussé à commettre des erreurs stratégiques impardonnables pour un industriel classique. Et aujourd’hui, j’en mesure les conséquences sur votre quotidien.
Des choix de fabrication assumés (mais gênants)
Je suis profondément désolé de :
- Avoir saboté votre palais : En maintenant le sucre au minimum légal (55%), j’ai rendu vos papilles intolérantes aux sirops de supermarché qui ne sont que du glucose coloré.
- Avoir refusé la facilité : J’aurais pu tricher avec des “arômes naturels” fabriqués en usine. À la place, je continue de miser sur la vraie plante sauvage. Qu’elle soit cueillie par mes soins ou par ceux de mon partenaire cueilleur. Le goût du vivant ne se synthétise pas.
- Avoir fait de vous des cuisiniers exigeants : Je vous ai mis dans l’embarras en créant une gamme de sirops qui ne se contentent pas d’un verre d’eau. Maintenant, vous voilà obligés de réfléchir à comment marier mon Romarin Sauvage ou mon mélange 5 épices avec vos plats mijotés.
- Avoir extrait ce pauvre gingembre à froid : Avec la Boisson des Dragons (43% de pur jus), j’ai placé la barre si haut que les autres concentrés vous paraissent désormais bien fade
Les effets secondaires incontrôlables
Et, soyons honnêtes, je suis aussi désolé pour les dommages collatéraux :
- Ces verres d’eau qui deviennent soudain trop intéressants.
- Les grimaces de vos amis quand ils découvrent que le gingembre, le vrai, ça pique.
- Cette bouteille que vous cachez au fond du placard pour être sûr de ne pas la partager (ne mentez pas, je le sais).
- L’obligation d’expliquer inlassablement : “Non, c’est pas juste du sirop”.
Je comprends votre désarroi. La vie était plus simple quand les boissons n’avaient ni caractère, ni histoire, ni intention.
Un artisan têtu ne change pas sa partition
Mais voilà, je suis un artisan têtu, un musicien qui préfère les fausses notes sincères au playback parfait, et un fabricant qui ne sait pas tricher.
Alors, pardonnez-moi. Mais je ne changerai rien. Ni les recettes, ni la passion.
Juste pour continuer à mettre un poil de saveurs dans ce monde de brutes.
Patrice, Le Siropier Barbu qui vous veut du bien.
